Les écoliers parisiens bientôt privés d'initiation artistique ?

Serge Federbusch



La guerre fait rage entre la direction des affaires scolaires et celle des affaires culturelles à la mairie de Paris : les agents de la ville se désespèrent !

Encore une nouvelle déconvenue pour la mairie de Paris ? Il est vrai que cette dernière les collectionne depuis le début de l’année (Vélib, Decaux, voies sur berges...) comme si un mauvais sort avait été jeté sur la capitale. Cette fois ci, cela concerne les écoliers parisiens dans le cadre des activités périscolaires. Bien que le problème couve depuis plusieurs mois, celui-ci vient d’éclater au grand jour avec une note diffusée par la direction des affaires scolaires de la Ville Paris (DASCO) : les enfants ne seraient pas en sécurité selon les directives de la préfecture de Police. Explications...

C'était une des mesures phare, il y a cinq ans, du ministre de l'éducation de l'époque, Vincent Peillon : désormais, chaque mardi et vendredi l'école s'arrête à 15h pour laisser place à une activité « périscolaire » : À charge ensuite pour les communes de les mettre en place, quel que soit le coût. Cette disposition étant politique, la DASCO demanda alors à la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris (DAC) de lui fournir des professeurs de conservatoire pour dispenser leur enseignement. De son côté la DASCO devait engager ce que l'on appelle dans le jargon administratif des « accompagnateurs piétons » (en principe muni du BAFA) pour amener les écoliers/danseurs dans les conservatoires. Notamment pour des raisons de sécurité.

En effet, après 15h, ce n'est plus l'Éducation Nationale mais bien la commune qui est responsable de la sécurité des enfants toujours scolarisés. Encore plus lorsque les dites-activités ont lieu en dehors de l'école et nécessitent donc une sortie sur la voie publique. La règle est simple : il faut que deux adultes déclarés auprès de la Préfecture de Police soient présents. C'est alors qu'est apparu un sacré problème.

Depuis plusieurs mois, faute de personnel en nombre suffisant, la mairie de Paris s'aperçoit qu'elle est en infraction pénale au regard de la sécurité des enfants qu'elle conduit hors de l'école dans le cadre des activité périscolaires pour les emmener soit dans un gymnase, soit un conservatoire ou tout autre lieu pour que les petits parisiens puissent exercer une activité sportive ou artistique. En effet, il n'y a aucun adulte qui soit règlementairement qualifié pour accompagner les enfants. Plutôt gênant. Et même très gênant en cas d'accident car dans ce cas la mairie de Paris serait condamnée devant les tribunaux. Panique à bord du côté de l'Hôtel de Ville.

C'est alors que la DASCO a eu une idée de génie. Alors que cette dernière est en charge d'organiser du début à la fin les activités périscolaires, elle a décidé de se défausser sur d'autres directions de la Ville, en l'occurrence la Direction de la Jeunesse et des Sports (DJS) et la Direction des Affaires Culturelles (DAC). Et même de leur donner des ordres dans la plus totale illégalité : « c'est désormais à vous de fournir un accompagnateur assermenté, sinon les activités seront annulés ». Parmi les « désignés volontaires » se trouvent donc les profs des conservatoires parisiens.

Évidemment, ces derniers refusent. Et avec raison. Ils ne voient pas en quoi ce serait à eux de pallier les carences de la mairie de Paris. D'autant plus qu’en allant chercher les gamins dans leur école et les raccompagner ensuite, c'est près de 45 minutes d'activité périscolaire qui seraient amputées. En fait, c'est comme si lors d'une sortie scolaire, au musée par exemple, on demandait au personnel de surveillance de venir chercher les enfants dans les écoles car ni les professeurs ni les parents ne seraient présents pour jouer les accompagnateurs. Absurde et dangereux, n'est ce pas ? On est bien d'accord.

En plus, on ne s'explique pas trop bien comment une direction, en l'occurrence la DASCO, peut se permettre de donner des instructions à une autre direction, la DJS et la DAC dans le cas présent alors que ces entités sont placées administrativement parlant sur un strict pied d'égalité. Évidemment, toutes les organisations syndicales sans exception soutiennent sans réserve les professeurs de conservatoires qui refusent de se soumettre aux ordres de la direction des affaires scolaires.

Résultat, la Ville de Paris, faute de personnel adéquat, ne pourra plus faire accompagner les enfants hors de l'enceinte de leur école et devra donc annuler toutes les activités qui étaient prévues. Dans les conservatoires, on appelle ça un couac. Si la Ville de Paris ne veut pas que ces activités disparaissent, elle sait désormais ce qui lui reste à faire : recruter des accompagnateurs piétons qualifiés pour assurer ces missions. À moins qu'elle ne décide tout simplement de priver les écoliers parisiens d'initiation artistique ? Il paraitrait que cette hypothèse est prise très au sérieux au sein de l'administration.

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Commentaires (5)
1. kanopus le 16/03/2018 13:31
Il serait très intéressant de connaître le bilan - ou le bien-fondé - de ces activités dites périscolaires
ainsi que des résultats obtenus...
2. blum le 16/03/2018 13:40
Toutes ces administrations sont redondantes. Et inutilement coûteuses
pour les contribuables parisiens
La réforme de Peillon n'avait pas été pensée, ni organisée, ni financée:
comme, du reste, tous les projets fumeux de la gauche.( pour laquelle il s'agit,
je le rappelle, d'arracher les enfants à leur milieu, coûte que coûte).
Les activités périscolaires doivent être laissées aux parents: ce qui leur permet,
dans le meilleur des cas, de pallier quelque peu la nocivité de l'enseignement
public, avec le nivellement par le bas entrepris activement par Mitterrand et
ses suiveurs.
Le concept d' "accompagnateurs piétons" est tout à fait digne de celui de
"techniciens de surface", ou de "malvoyants"....
3. durand le 16/03/2018 19:04
excellent

quelle rigolade!!!!

au royaume des NULS.....
4. JEJ le 18/03/2018 13:00
L'incompétence à ce point c'est quand même dingue.
5. Christiane Chavane le 18/03/2018 21:09
Incompétents complets.
Mais du mal sort parfois un bien : nos mômes ne seront pas obligés de subir la propagande pseudo artistique de la mairie.
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